Le texte de cet ouvrage est dédié «à tous ceux qui racontent des
histoires», et les illustrations «à tous ceux qui résistent face à la
réalité». Mais au fait, raconter et résister, n’est-ce pas la même
chose? Nous savons qu’une mémoire et un imaginaire nourris de
récits transmis par d’autres hommes permettent à l’enfant, puis à
l’enfant devenu adulte, d’affronter les questions, les obstacles, les
peurs, sur le chemin de la vie. Une condition essentielle,
cependant, doit être remplie: que résonne la voix du «passeur»,
pour qu’au-delà des limites spatiales et temporelles imposées aux
individus, se perpétue, grâce à la musicalité de la langue, la
conscience d’appartenir à une commune humanité.
Les joues rouges répondent à cette exigence en mettant en scène
un jeune garçon s’adressant directement au lecteur pour lui faire
part de son émerveillement à l’écoute des histoires racontées par
son grand-père. Celles-ci sont rapportées dans un langage qui
porte à la fois les marques du conteur et celles de l’enfant,
traduisant bien la relation de confiance qui s’établit à travers l’acte
de narration, et dont le livre lui-même se propose finalement de
matérialiser le témoignage sous une forme accessible à tous.
La succession des images montre comment s’opère, dans l’esprit
de l’enfant, son appropriation du monde par lequel son grandpère
lui dit avoir passé; et le signe visible de cet héritage, ce seront
de jolies joues rouges, transmises, elles aussi, à travers les
générations.
Prix: gagnant du BolognaRagazzi Award 2006 – Fiction
