Il s’agissait pour l’auteur de mener à bien un ancien projet: écrire
à la fois sur et avec Jasper Johns. Comme toujours chez Michel
Butor, le temps et l’espace ont façonné son texte autant que
l’écriture elle-même, et l’objet qui en résulte est un remodelage à
distance de ses ébauches précédentes, d’où son titre (question ou
mode d’emploi ?): Comment écrire pour Jasper Johns. Attiré depuis
longtemps par l’oeuvre du peintre américain, il a cherché à entrer
dans les arcanes de son art en élaborant une forme permettant
faire voir avec des mots les différentes couches du réel contenues
dans des séries telles que les «drapeaux» ou les «cartes
géographiques» des Etats-Unis », les «cibles», les «chiffres», les
«lettres d’imprimerie»: sous ces emblèmes, en effet, Jasper Johns
réussit le tour de force de condenser en des figures simplifiées
l’extrême complexité du monde américain, tant dans le
cheminement cahotique et violent de son histoire que dans la
polyphonie sociale et culturelle de ses peuples. Pour dialoguer
avec une telle entreprise artistique, Butor se réapproprie un genre
dont la particularité est précisément de refléter, de juxtaposer et
d’organiser dans la durée toute une palette de discours sur le
monde: l’almanach.
Au rythme de ses douze chapitres (ou «strophes»), en un
contrepoint de voix qui peu à peu tissent un équivalent poétique
de la peinture, le texte de Michel Butor amène le lecteur à
découvrir de l’intérieur l’univers pictural de Jasper Johns.
